Un cratère de 25 km découvert sur Google Maps : comment la science citoyenne réécrit la géologie

En 2024, Joël Lapointe planifie un voyage de camping dans la région de la Côte-Nord au Québec lorsqu’il remarque quelque chose d’inhabituel sur Google Maps. Une dépression circulaire centrée sur le lac Marsal, d’environ 25 kilomètres de large, avec des caractéristiques de terrain différentes du paysage environnant. Il prend une capture d’écran, la signale à Impact Earth, un site web participatif géré par l’Université Western à London (Ontario), et déclenche une série d’événements qui aboutiront à la confirmation de l’une des plus grandes structures d’impact météoritique découvertes depuis des années.

Le géologue planétaire Gordon Osinski, connu de ses collègues sous le nom d’« Oz », se rend sur le site en 2025. Ce qu’il découvre confirme les soupçons de Lapointe. La structure circulaire, provisoirement nommée Uhackatik avec l’approbation du Conseil innu d’Ekuanitshit sur les terres traditionnelles duquel elle se trouve, présente des preuves évidentes d’un impact météoritique survenu il y a environ 390 millions d’années. Osinski découvre des effets de métamorphisme de choc, des déformations de la roche causées par les pressions et températures extrêmes d’un impact, et, plus surprenant encore, des roches de fusion d’impact.

<< Les roches de fusion d’impact sont exactement ce que leur nom indique : de grands volumes de roche fondus par l’impact, qui refroidissent et cristallisent pour ressembler à des roches volcaniques >>, explique Osinski à Space.com. << Le fait qu’elles soient préservées, alors qu’elles comptent habituellement parmi les premières parties d’un cratère à être érodées, a été une grande surprise. >>

Un cratère à la préservation exceptionnelle

Le cratère Uhackatik, situé au nord du golfe du Saint-Laurent, mesure environ 25 kilomètres (15 miles) de diamètre, ce qui en fait l’une des plus grandes structures d’impact découvertes au cours des dernières décennies. Osinski note que la dernière découverte d’ampleur comparable était la structure Hiawatha de 31 kilomètres au Groenland, repérée en 2018, bien que ce cratère reste controversé car complètement enfoui sous la glace.

La préservation des roches de fusion d’impact à Uhackatik est significative car elle permet aux chercheurs de dater l’impact et d’étudier la signature géochimique du projectile. Cela signifie également que le cratère n’a pas été sensiblement érodé depuis sa formation, suggérant qu’il a été enfoui et protégé pendant la majeure partie de ses 390 millions d’années d’histoire avant d’être exposé par des processus géologiques plus récents.

La science citoyenne à l’ère des satellites

Cette découverte illustre comment l’imagerie satellitaire libre d’accès transforme l’exploration géologique. Google Earth et Google Maps, conçus pour la navigation et l’urbanisme, sont devenus de véritables outils de relevé géologique. Des observateurs amateurs ayant l’œil exercé peuvent identifier des caractéristiques que les géologues professionnels pourraient manquer, simplement parce qu’ils n’examinent pas cette parcelle de terrain en particulier.

Impact Earth, la plateforme sur laquelle Lapointe a soumis son signalement, a été conçue précisément à cette fin. Elle permet à quiconque de soumettre une candidate structure d’impact pour examen par des experts. La plateforme a reçu des milliers de soumissions depuis son lancement ; la plupart sont de fausses alertes. Uhackatik est l’une des rares exceptions confirmées.

Le cratère a été officiellement reconnu avec l’approbation du Conseil innu, qui détient l’autorité sur le territoire. Le nom Uhackatik, tiré de la langue innue, reflète le contexte culturel de la terre où le cratère repose.

Pour Lapointe, ce qui a commencé comme un détour lors d’un voyage de camping est devenu une contribution durable à la géologie planétaire. Le cratère qu’il a repéré sur un écran fait désormais partie des archives scientifiques, un rappel que la surface de la Terre recèle encore des histoires à découvrir, et que les outils pour les trouver sont de plus en plus accessibles à toute personne disposant d’une connexion internet.

Traduit par Lydie

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