Les humains pourraient-ils hiberner pour aller sur Mars ? La science du torpeur synthétique s’emballe

Les humains pourraient-ils hiberner pour aller sur Mars ? La science du torpeur synthétique s’emballe

Clark – 1ban.news

Date : 2026-07-14

Image à la une : [Illustration conceptuelle d’un astronaute dans une capsule de torpeur pour les voyages spatiaux lointains ; crédit : SpaceWorks Enterprises]

Un voyage de six mois vers Mars dans un vaisseau spatial de la taille d’un studio expose les astronautes aux radiations, à l’atrophie musculaire, à la perte osseuse, à l’isolement psychologique et à l’érosion de tous les systèmes physiologiques qui ont évolué sous la gravité terrestre. Une solution gagne sérieusement du terrain scientifique : placer l’équipage en hibernation.

Des chercheurs de plusieurs institutions accélèrent leurs travaux sur le torpeur synthétique, un état de métabolisme réduit, réversible et médicalement induit, qui réduirait les besoins énergétiques, l’exposition aux radiations et la charge psychologique d’un astronaute à une fraction de la normale. The Guardian a récemment consacré un long article à ces efforts, demandant si les humains pourraient hiberner pour aller sur Mars. La réponse, de plus en plus, est peut-être.

Le point de départ biologique

Plusieurs animaux font déjà ce que les scientifiques souhaitent voir faire aux humains. Le spermophile arctique abaisse sa température corporelle jusqu’à 4 degrés Celsius et son rythme cardiaque de 400 battements par minute à 3 à 10, survivant des mois dans un état qui tuerait presque tout autre mammifère. L’ours brun hiberne à une température plus douce de 30 à 36 degrés Celsius, préservant muscles et os sans exercice et recyclant l’urée via les microbes intestinaux. Le lémurien nain, le seul primate qui hiberne obligatoirement, offre le modèle évolutif le plus proche des humains.

L’ESA a adopté l’ours comme modèle principal, considérant la baisse modérée de température comme un schéma technique plus sûr pour une application humaine. La NASA soutient l’étude du spermophile non pas comme modèle direct (personne ne propose de refroidir les astronautes à près de zéro degré), mais comme une énigme pour comprendre comment les organes survivent à une dépression métabolique prolongée sans dommages.

La percée : les ultrasons focalisés

L’avancée récente la plus frappante vient de l’Université Washington à Saint-Louis, où l’équipe du Dr Hong Chen a induit un torpeur chez des rats, qui ne sont pas des hibernants naturels, en utilisant des ultrasons focalisés ciblant l’hypothalamus. La technique a abaissé la température corporelle d’environ 3 degrés Celsius, réduit le rythme cardiaque de 47 pour cent et fait passer le métabolisme des animaux à une combustion exclusive des graisses, exactement comme le fait l’hibernation naturelle.

Ce résultat, publié dans Nature Metabolism en 2023 et affiné en 2025, prouve que les circuits neuronaux du torpeur existent chez les mammifères non hibernants, y compris potentiellement les humains, et qu’ils peuvent être activés de manière non invasive. L’équipe a utilisé un dispositif à ultrasons portable, pointant vers un avenir où les astronautes se contenteraient de mettre un casque pour entrer en torpeur.

La voie pharmaceutique

Plusieurs approches médicamenteuses progressent également. L’activation des récepteurs A1 de l’adénosine peut induire un torpeur régulé chez les rats. La dexmédétomidine, un sédatif à faible risque de dépression respiratoire, est étudiée comme plateforme. Les premiers espoirs suscités par le sulfure d’hydrogène ont été abandonnés lorsque des essais ont révélé qu’il déclenchait une hypothermie non régulée plutôt qu’un véritable torpeur.

Le concept principal de torpeur synthétique de SpaceWorks Enterprises propose une capsule à coque souple maintenue en dessous de 10 degrés Celsius avec une humidité élevée, un système de survie autonome piloté par IA et un bouclier antiradiations à chemise d’eau. Les astronautes seraient soumis à des cycles de torpeur, passant des semaines endormis et des jours éveillés pour l’entretien et l’exercice.

Les défis à venir

Les obstacles sont considérables. Induire une dépression métabolique à l’échelle humaine en toute sécurité nécessite de contourner les réponses de frisson et de régulation thermique du corps. L’atrophie musculaire et osseuse, même avec les mécanismes de protection des ours, pourrait ne pas être entièrement évitable. Les complications cardiovasculaires liées à une bradycardie prolongée, la suppression immunitaire lors d’un refroidissement prolongé et le risque d’infection dû à des mois de nutrition intraveineuse nécessitent tous des solutions.

La capsule médicale autonome doit fonctionner 180 jours ou plus sans intervention de l’équipage, avec des délais de communication avec la Terre allant jusqu’à 20 minutes. Et la sécurité neurologique d’un torpeur prolongé est essentiellement inconnue. « Personne ne se soucie de ce que cet état vous fait », prévient le Dr Vladyslav Vyazovskiy d’Oxford, qui étudie les effets cérébraux du torpeur chez les animaux.

La protection contre les radiations est l’un des avantages secondaires les plus prometteurs. La réduction du métabolisme ralentit le cycle cellulaire, ce qui signifie que les cellules passent moins de temps dans les phases mitotiques les plus vulnérables aux dommages de l’ADN causés par les rayons cosmiques galactiques. Une étude de 2022 a montré que le torpeur synthétique protégeait les rats contre les ions lourds accélérés.

Calendrier

Aucun essai humain pour le torpeur spatial n’est prévu. L’étape la plus concrète à court terme est le programme STASH de la NASA, qui vise à envoyer des spermophiles arctiques en hibernation à bord de l’ISS d’ici quelques années pour étudier le torpeur en microgravité. Les chercheurs estiment généralement des essais humains initiaux dans la prochaine décennie, avec une application aux missions martiennes dans la fourchette 2040 à 2050.

L’enjeu est considérable. L’ESA estime qu’une mission martienne de six personnes durant 760 jours nécessiterait environ 136 tonnes métriques de consommables sans torpeur. Avec le torpeur, ce chiffre chute considérablement. Dans un domaine où chaque kilogramme lancé depuis la Terre coûte des milliers de dollars, l’argument économique pourrait être aussi convaincant que l’argument biologique.


Traduit par Lydie — 1ban.news

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