
Un vaste nouvel essai clinique a confirmé que les interventions multidomaines sur le mode de vie peuvent protéger contre le déclin cognitif chez les personnes âgées à risque de démence, cette fois dans une population culturellement et génétiquement distincte répartie dans 11 pays d’Amérique latine.
L’étude LatAm-FINGERS (Initiative latino-américaine d’intervention sur le mode de vie pour prévenir le déclin cognitif), présentée le 13 juillet à la Conférence internationale de l’Association Alzheimer (AAIC) à Londres et publiée simultanément dans The Lancet, apporte la preuve la plus solide à ce jour que cette approche fonctionne dans diverses populations.
La chaîne de réplication
L’essai original FINGER en Finlande (2015) a montré qu’un programme structuré combinant conseils diététiques, exercice physique, entraînement cognitif et suivi des risques vasculaires améliorait les fonctions cognitives chez 1 260 personnes âgées à risque par rapport aux conseils de santé généraux.
L’étude POINTER américaine, publiée dans JAMA en juillet 2025, a reproduit et étendu ce résultat chez 2 111 Américains d’origines diverses, constatant qu’une intervention structurée sur le mode de vie produisait un bénéfice cognitif supérieur à une approche autoguidée.
LatAm-FINGERS étend désormais ces résultats à 1 065 personnes âgées sur 12 sites en Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, Mexique, Pérou et Uruguay.
Le protocole
L’essai était un essai contrôlé randomisé multicentrique en simple aveugle. Les participants (âge moyen 67,5 ans, 74,6 % de femmes, 70,7 % s’identifiant comme métis, autochtones, mulâtres, métissés ou Noirs) ont été randomisés soit vers une Intervention Systématique sur le Mode de Vie (SLI), soit vers une Intervention Flexible sur le Mode de Vie (FLI) pendant deux ans.
Le groupe SLI a reçu un programme structuré adapté aux cultures locales : activité physique supervisée 4 fois par semaine intégrant la salsa et le tango ; conseils nutritionnels basés sur des aliments locaux comme l’avocat, le quinoa, l’açaï et les graines de chia plutôt que sur des produits de base américains ; entraînement cognitif informatisé ; 38 réunions de groupe sur deux ans pour le suivi ; et un suivi vasculaire régulier.
Le groupe FLI a reçu une éducation sanitaire générale avec seulement 4 réunions de groupe sur deux ans, sans exercice supervisé, entraînement cognitif ni accompagnement continu.
Les résultats
Le groupe SLI a montré une amélioration de 55 % plus importante de la cognition globale par rapport au groupe FLI. La différence inter-groupes était de 0,11 écarts-types par an (IC à 95 % : 0,06-0,15, P < 0,001) dans un composite cognitif global. Des bénéfices significatifs ont également été observés dans la mémoire épisodique (0,14 ET, P < 0,001), les fonctions exécutives (0,04 ET, P = 0,006) et la vitesse de traitement (0,04 ET, P = 0,020).
Les deux groupes se sont améliorés sur la période de deux ans, mais le groupe SLI s’est amélioré significativement plus, protégeant efficacement la cognition du déclin lié à l’âge. Les résultats étaient cohérents dans les analyses de sensibilité et à travers divers niveaux d’éducation et statuts socioéconomiques.
Pourquoi c’est important
Cette réplication est significative car elle démontre que le modèle d’intervention fonctionne non seulement en Finlande et aux États-Unis, mais aussi dans une région aux régimes alimentaires, aux origines génétiques, aux systèmes de santé et aux normes culturelles fondamentalement différents.
« Nous avons désormais un deuxième résultat solide dans une région du monde complètement différente, ce qui suggère que la formule POINTER américaine peut être adaptée pour tout le monde », a déclaré Laura D. Baker de la Wake Forest University School of Medicine, chercheuse principale de POINTER aux États-Unis.
Lucia Crivelli de Fleni à Buenos Aires, auteure principale de LatAm-FINGERS, a souligné que l’adaptation culturelle était essentielle : « Nous n’avons pas simplement traduit le modèle POINTER américain en espagnol et en portugais. Nous l’avons adapté aux cultures et habitudes locales tout en préservant ses éléments essentiels, rendant le programme pratique, abordable et réalisable en tant que stratégie de santé publique. »
La suite
L’Association Alzheimer, qui a investi plus de 81 millions de dollars dans POINTER et LatAm-FINGERS, a annoncé un nouvel essai de 100 millions de dollars appelé PROTECT-Cog, qui testera si l’ajout d’un agoniste des récepteurs GLP-1 au protocole POINTER produit une protection cognitive encore plus grande. Cet essai recrutera des personnes âgées à risque et les suivra pendant trois ans.
Des données émergentes d’ensembles de données réelles présentées à l’AAIC suggèrent que les médicaments GLP-1 pourraient réduire le risque de démence de 40 à 70 % par rapport à d’autres médicaments antidiabétiques, soulevant la possibilité que la combinaison d’interventions pharmacologiques et lifestyle produise des bénéfices additifs ou synergiques.
Une mise à jour distincte de la Commission Lancet présentée à la conférence estime que jusqu’à 40 % des cas de démence pourraient être évitables grâce à des facteurs de risque modifiables, un chiffre qui augmente avec chaque réplication du modèle FINGERS.
Traduit par Lydie
Sources
Joseph A. “AAIC in 30: Dementia study replicates promising risk-reduction outcomes.” STAT News (July 13, 2026). https://www.statnews.com/2026/07/13/aaic-in-30-alzheimers-treatments-dementia-day-2-conference/
Crivelli L, et al. “LatAm-FINGERS: A randomized controlled trial of a multidomain lifestyle intervention to prevent cognitive decline in Latin America.” The Lancet (2026).
Alzheimer’s Association press release. “LatAm-FINGERS trial results presented at AAIC 2026.” July 13, 2026.

