Cinq fers « extrêmement rares » découverts en France révèlent le commerce d’esclaves celtes il y a 2 300 ans

Des archéologues ont mis au jour cinq paires d’entraves en fer sur un site celte vieux de 2 300 ans dans la vallée de la Loire, apportant une preuve directe rare de l’esclavage en Gaule préromaine. La découverte, annoncée le 9 juillet par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), éclaire une dimension de la société celte restée largement invisible dans les archives archéologiques.

La découverte

Le site d’Allonnes, dans la vallée de la Loire, a été établi aux côtés d’un complexe religieux au IIIe siècle av. J.-C. Il abritait des ateliers de forgerons, de chaudronniers, de bronziers et de ferblantiers, et se trouvait à l’intersection de plusieurs routes majeures, ce qui en faisait probablement un pôle d’échanges, y compris, suggèrent les nouvelles preuves, le commerce d’esclaves.

Parmi les découvertes figure une double entrave de poignet mesurant seulement 6 cm de diamètre, assez petite pour suggérer une utilisation sur des femmes ou des enfants, et une entrave de cheville pesant plus de 1 kg, assez lourde pour indiquer le fardeau que les esclaves étaient forcés de porter. Trois autres fragments d’entraves métalliques ont également été retrouvés.

« Les entraves en fer sont extrêmement rares pour cette période », a déclaré Thierry Lejars, spécialiste de la métallurgie celte cité par Live Science. « L’identification d’entraves et d’armes suggère une organisation sociale hiérarchique composée de groupes dominants et subordonnés, prisonniers ou esclaves. »

Le contexte plus large

Les entraves n’étaient pas la seule découverte significative. Les fouilleurs ont également retrouvé un grand nombre d’objets métalliques de haute qualité, épées, pointes de lance, clés et pièces de harnais, ainsi que des centaines de pièces couvrant plus de cinq siècles. Environ un tiers des pièces avaient été délibérément limées, cisaillées ou gravées au burin.

« Ces mutilations révèlent une intention rituelle : la suppression de la fonction commerciale de la pièce afin de consacrer l’objet au sacré, garantissant ainsi la pérennité de l’offrande », a déclaré Isabelle Bollard-Raineau, experte en monnaies anciennes auprès du ministère français de la Culture.

Le site comprenait un sanctuaire religieux où des offrandes, vêtements, bijoux, bagues, amulettes, étaient délibérément déformées ou mutilées, vraisemblablement pour transformer des possessions ordinaires en dons pour les dieux.

Ce que les entraves nous apprennent

Les Gaulois, les tribus celtes habitant ce qui est aujourd’hui la France, la Belgique et certaines parties de la Suisse avant la conquête romaine, ont laissé peu de traces écrites. L’essentiel de ce que l’on sait de leur structure sociale provient de récits romains et d’inférences archéologiques. Les preuves directes de l’esclavage ont été particulièrement rares.

Les entraves d’Allonnes confirment que l’asservissement était pratiqué et qu’il impliquait une contention de type compatible avec le transport ou le contrôle des esclaves. Les petites entraves de poignet suggèrent que des femmes et des enfants figuraient parmi les asservis, un détail cohérent avec les récits historiques de la guerre celte, dans laquelle les populations capturées étaient emmenées comme butin.

Les sources historiques et littéraires indiquent que les Gaulois réduisaient en esclavage les prisonniers de guerre, les condamnés et les débiteurs, qui perdaient tous leurs droits légaux et pouvaient être achetés et vendus. Les entraves d’Allonnes apportent une preuve physique d’une pratique auparavant connue uniquement par les textes.

La situation du site au carrefour de routes majeures suggère qu’Allonnes pourrait avoir été un pôle commercial où les esclaves étaient achetés, vendus ou transportés. La présence d’ateliers de forgerons sur le site est également pertinente : les entraves en fer auraient nécessité des compétences spécialisées en métallurgie pour être produites.


Sources

Killgrove K. « ‘Extremely rare’ iron shackles discovered at 2,300-year-old settlement in France. » Live Science (13 juillet 2026). https://www.livescience.com/archaeology/5-extremely-rare-iron-shackles-discovered-in-france-highlight-celtic-slave-trade-2-300-years-ago

INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) communiqué de presse, 9 juillet 2026.

Traduit par Lydie

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